CR Atelier Lectures du lundi 24 Mars 2025
« Le temps d’après » de Jean Hegland (Gaullmeister )
Ce roman se présente comme une suite à « Dans la forêt », écrit 15 ans plus tôt et qui avait bénéficié d’un grand succès. Nous y retrouvons Eva et Nell avec leur fils Burl, vivant au cœur de la forêt qui les protège et les nourrit. Elles refusent tout contact avec le monde d’avant. Mais elles transmettent à Burl les contes qui ont peuplé leur propre enfance, leur goût pour l’art et une certaine nostalgie.
C’est le point de vue de Burl qui a été choisi pour raconter la suite de l’histoire. Il adopte une langue nouvelle créée à partir de la langue de ses mères et de ce qu’il en comprend. Cet aspect est très réussi de même que le regard poétique qu’il porte sur la forêt.
Mais bientôt, l’adolescent va comprendre que la vie n’obéit pas aux règles des contes. Comme il veut s’éloigner et découvrir le monde, il doit faire face à la violence, à la famine…traces de l’ancien monde dont ses mères avaient voulu le protéger.
« Le chant du prophète » (2023) Paul Lynch (Booker Price)
A travers le point de vue d’une femme luttant pour sauver sa famille, nous entrons dans le basculement d’une démocratie dans un régime autoritaire. (Paul Lynch a dit s’être inspiré de la Syrie ). (voir les 2 films projetés sur France 5 dans « le monde en face »)
Nous pouvons nous identifier aux tourments de cette femme qui voit disparaître son mari et finalement deux de ses enfants. Mais ce qui frappe d’abord, c’est à quel point cette femme refuse de comprendre ce qui se passe et refuse d’abord de quitter le pays.
Partir c’est abandonner, c’est une forme de lâcheté, c’est aussi la peur que les autorités s’en prennent aux proches qui restent. Rester pourrait être une forme de « résistance »même si les moyens sont minimes.
C’est donc un roman très fort mais aussi très dur, et disons-le très anxiogène, puisqu’il n’est pas sans écho avec l’actualité immédiate. On peut refuser cette lecture pour cela. Mais on peut la choisir comme un magistral avertissement…
NOS LECTURES
« Personne ne sait » de Philippe FOREST (ed. Gallimard)
L’auteur nous livre ici ses réflexions sur la création –l’inspiration- à partir d’un roman encensé par les Surréalistes : « Le portrait de Jennie » de Robert Nathan.
Ce roman raconte comment un soir d’hiver le peintre Adams rencontre une petite fille dans Central Park enneigé. Il va la revoir quelques fois et elle aura grandi et il finit par s’éprendre d’elle. A partir de là, il va délaisser la peinture de paysage pour devenir portraitiste et son art sera enfin reconnu de ses pairs ! Cette rencontre aura changé sa vie !
L’auteur, Philippe Forest, voit dans ce roman une résonnance avec sa vie. Il a perdu une fille et il n’a cessé d’écrire à son sujet, en faisant « l’enfant-éternel ». Ce dialogue avec la disparue est le fondement de son écriture.
D’où une réflexion sur l’Art et la frontière entre fiction et réalité.
Là où chantent les écrevisses Délia Owens ED. du Seuil
Thriller dramatique sorti en 2020, ce récit met en scène une très jeune fille contrainte à survivre seule dans les marais de la Caroline du Nord aux USA. Au-delà du destin tragique de l’héroïne, ce premier roman de l’autrice est un hymne magnifique à la nature et à la solitude…
L’âge fragile Donatella di Pietrantonio Ed. Albin Michel
Inspiré d’un fait-divers survenu en 1977 dans les montagnes des Abruzzes, ce roman nous plonge dans les difficultés des relations familiales intergénérationnelles empreintes de secrets et de souffrances enfouies et pose pour nous la question : A quel moment l’âge est-il le plus fragile l’adolescence ? la vieillesse ? l’âge adulte ?
Ouvrage couronné par le prix Strega 2024
Désorientale Negar Djavadi Ed. Liana Levi / piccolo
Avec ce titre-jeu de mots, ce premier roman puissant et riche nous entraîne dans une saga familiale tourbillonnante aux accents autobiographiques. Entre l’Orient : l’Iran- et l’Occident : la France, l’auteure mêle à l’Histoire de l’Iran des réflexions profondes sur l’identité, la différence, l’exil, le destin…
Je ne suis pas là Lize Spit Ed. Actes sud
A la fois thriller et roman psychologique, ce récit haletant, non dénué d’ironie et d’humour, nous fait partager le cauchemar d’un jeune couple vivant à Bruxelles qui voit son bonheur s’effondrer lorsque la maladie mentale fait son apparition dans le comportement étrange et inexpliqué de l’un d’eux.
Un si long, si long après-midi Inga Vesper Ed. de La Martinière
Dans un milieu très aisé de Los Angeles, une jeune femme disparaît laissant ses jeunes enfants seuls. Une large tache de sang souille le sol de la cuisine. La femme de ménage, noire, est alors immédiatement suspectée. Trois voix distinctes se font entendre dans ce thriller aux multiples rebondissements où racisme, ségrégation, sexisme sont au cœur de l’enquête qui soutient l’intrigue.
Ombres portées Ariana Neumann Ed. Les escales
A Caracas, après la mort de ses parents, Ariana découvre dans des documents jusqu’alors cachés, que son père, d’origine tchèque, a eu une vie mouvementée dans ce pays européen, avant de rejoindre le Venezuela. Intriguée, elle se lance dans une enquête pour découvrir l’héritage paternel et sa judéité.
Témoignage émouvant et si bien documenté qu’il revêt une réelle valeur historique, ce premier livre de l’auteure est à rapprocher de « Patronyme » de Vanessa Springora évoqué dans notre Compte rendu du 17 février dernier.
L’accident Jean-Paul Kauffmann Ed. des Equateurs
Livre de gratitude de l’auteur envers son enfance « radieuse » -dans un petit village breton où ses parents étaient boulangers- et qui lui a permis de survivre au stress de l’enfermement pendant ses trois ans de détention par le Hezbolla libanais de 1985 à 1988.
La neige noire Paul Lynch
Après de nombreuses années passées à New-York, un couple d’émigrés irlandais et leur fils reviennent dans le Comté du Donegal où ils exploitent une ferme acquise à leur retour.
L’incendie -suspect- dans lequel périront toutes les bêtes mais aussi leur employé à la ferme va plonger cette famille dans l’hostilité et la rancœur du voisinage et saper peu à peu leur bonheur tranquille. Et l’on sent venir le drame….
On retrouve dans ce roman tout le talent de Paul Lynch déjà évoqué lors de précédentes lectures…
La figure Bertrand Belin Ed. P.O.L.
Auteur, compositeur, acteur, Bertrand Belin n’est pas un débutant écrivain et signe ici son cinquième roman. Dans un récit aux accents très autobiographiques, il nous invite à partager son désarroi face à la violence de son père, tyrannique et alcoolique, et ses diverses stratégies pour s’en protéger. Et il nous offre un propos à la fois poétique et « d’une oralité très écrite ». Sa lumineuse et ingénieuse invention réside dans l’appel à « La figure », sa conscience, son double imaginaire mental, qui le guide, se moque avec malice, le soutient, l’accompagne et devient son « manuel de survie » tout en lui permettant de suggérer, plus que de dire, tout ce qui le perturbe avant que ne vienne le temps de l’émancipation…
Duchess Chris Whitaker Ed. Sonatine
Duchess, l’héroïne, a treize ans et se définit comme « une hors la loi », dure et sans concession envers autrui. Une rebelle ! Mais qui sait cependant, face à l’absence d’un père et la dépression lourde de sa mère, déployer des trésors de patience, de douceur, et de sollicitude pour protéger son petit frère de cinq ans !
Mais lorsque revient dans l’actualité du village le souvenir d’un meurtre vieux de trente ans, qui a touché de très près la famille de Duchess, de nouveaux malheurs s’annoncent …
Prochain Atelier Lectures lundi 5 Mai 2025.
« Dans la maison de mon père » Joseph O’Connor
« Parfois le silence est une prière » billy o’callaghan