Lectures Françoise

16/2/2025

CR Atelier de lectures MGEN lundi 27 Janvier 2025

Nous avons découvert le prix Nobel de Littérature 2024 attribué à une écrivaine sud- coréenne publiée dans le monde entier : HAN KANG. Deux œuvres ont surtout retenu notre attention : La végétarienne publiée en 2007 et traduit en 2015 (voir livre de poche) et Impossibles adieux  publié en 2021 et traduit chez Grasset en 2023.

La végétarienne : (livre de poche 34064)

C’est un roman choral construit autour de trois points de vue : ceux du mari, du beau- frère et de la sœur de Yônghye, le personnage principal, qui décide, une nuit, de ne plus manger de viande et de revenir au végétal. Cette décision va bouleverser l’ordre familial.  

Tout à fait déroutant, ce roman a été diversement accueilli par notre groupe. Certaines l’ont reçu comme « un coup de poing » et « adoré » malgré la violence sous-jacente, violence du mari et violence du père notamment, et parce qu’elle aborde le thème des maladies mentales ( anoréxie ou schizophrénie) d’une façon tout à fait originale et sans tabou. D’autres ont pu être touchées par une forme de quête de la beauté et de l’amour se heurtant à une société corsetée qui privilégie le travail à l’épanouissement des femmes et de la famille.

Ce roman nous a laissé un sentiment d’étrangeté. Mais l’écriture et la construction en sont parfaitement maîtrisées.

Impossibles adieux :( éd. Grasset )

Quand Inseon demande à son amie Gyeongha de se rendre dans sa maison de l’ile de Jeju pour nourrir son perroquet blanc, nous ignorons tout du sens de cette demande. Nous comprenons qu’il y a urgence mais ce voyage sous la tempête de neige en Décembre devient vite un parcours initiatique voire un chemin de mémoire contre l’oubli. Dans la maison, à travers « le brouillard du temps » Gyeongha va découvrir les preuves des pires massacres perpétrés de nov 48 au début 49 contre la population de l’île suspectée d’adhérer à l’idéologie communiste. Et l’histoire de la mère d’Inseon, enfant, à la recherche des corps de sa mère et de son frère dans la neige, devient la métaphore des souffrances de la mémoire de cette population privée de vérité.

Le récit de cet hommage aux victimes et à leurs familles se déroule dans une écriture envoûtante où rêve et réalité se côtoient, où les âmes errent auprès des corps abandonnés sans sépultures. Il faut accepter de se laisser emporter dans un monde tragique et merveilleux. Tout cela dans un style flamboyant !

Nos lectures :

La maison hantée   Michèle Audin   éditions de Minuit

L’autrice revient sur Strasbourg et toute l’Alsace pendant son annexion pendant la guerre 39/45, alors que le reste de la France est occupé.

Nous connaissons l’histoire des « Malgré nous ». Ici Michèle A. revient sur la vie quotidienne et la façon dont l’Allemagne s’introduit dans l’intimité de la population de Strasbourg pour mieux la soumettre.  

Jour de Ressac     Maylis de Kerangal    Gallimard

Un homme est retrouvé sans vie sur la digue nord du Havre avec dans sa poche le numéro de téléphone de la narratrice alors parisienne mais ayant passé toute sa jeunesse au Havre. Convoquée par la police, elle ne reconnaît pas le défunt… Mais commencent alors de belles promenades dans la ville reconstruite après les bombardements de la dernière guerre. Et l’autrice de filer la métaphore avec ses propres souvenirs, ses émotions passées, ses « cicatrices » de vie…

Où vont les larmes quand elles sèchent     Baptiste Beaulieu       Ed. Collection Proche

Le docteur Jean, généraliste, aborde, au travers d’une succession de chroniques dont il connaît le secret -on le retrouve régulièrement sur France Inter-, une réflexion sur les conditions d’exercice de la médecine dans une petite ville du sud-ouest et la place qu’il souhaite donner à l’écoute, à l’empathie, à la bienveillance (à défaut de larmes qui chez lui ne coulent plus…)

Des textes sensibles, en particulier sur les femmes dont il défend souvent la cause…

La famille Martin   David Foenkinos     Gallimard

Paru en 2020, ce dix- huitième roman de David Foenkinos, aborde avec humour le désarroi de l’écrivain en panne d’inspiration, décidé pour en sortir de s’en remettre au hasard…Et tente de nous convaincre que toute vie peut devenir sujet de roman…

Toute la lumière que nous ne pouvons voir   Anthony Doerr   Albin Michel  

(Prix Pulitzer de la fiction 2015)

Déjà évoqué dans notre atelier après la lecture de « La cité des nuages et des oiseaux », (cf. CR du 13 mai 2024), ce texte d’Anthony Doerr est à nouveau considéré comme une belle réussite par l’attractivité de ses personnages et son style à la fois rythmé, captivant, foisonnant. Un récit qui, par ses nombreux niveaux de lecture possibles, se révèle propice à une réflexion philosophique sur la condition humaine.

Vivre    Le compte à rebours   Boualem Sansal       Gallimard

La fin de notre humanité est annoncée. Seuls quelques « élus » seront sauvés et conduits sur une autre planète pour y fonder une nouvelle humanité… Dystopie ironique, récit d’anticipation perturbant et critique acerbe de nos sociétés, ce récit propose un bon cocktail   d’humour, souvent noir, et de vérités assénées dans un style incisif et impitoyable sur nos pratiques actuelles.

Comme des pas dans la neige   Louise Erdrich     Albin Michel

Hiver 1912. Dans le Dakota du Nord, le froid est intense. Après les maladies et la famine qui ont décimé les populations autochtones, une jeune femme Ojibwé, Fleur, est spoliée de ses terres, comme beaucoup de ses concitoyens, par les « Blancs » qui troquent dérisoirement les terres qui leur avaient été octroyées.

Louise Erdrich regroupe ici deux romans publiés en 1988 et 2004, le premier centré sur la perte des terres de Fleur, le second par son désir de vengeance contre le Blanc qui l’a dépossédée.

La narration est portée par deux voix : celle d’un ancien  de la tribu et celle d’une jeune métisse.

Roman profond, dans la lignée des grands classiques de cette autrice qui dénonce la spoliation des amérindiens, l’effacement progressif de leur culture et le saccage écologique qui en est résulté.

(Cf. Le CR du 13 novembre 2023 pour son livre précédent : La Sentence.)

Trois ans sur un banc         Jean François Beauchemin       Québec Amérique

Après avoir écouté un jour le récit étonnant du promeneur assis auprès de lui sur un banc, pour une courte pause, l’auteur décide de revenir chaque semaine pour recueillir les récits souvent intimes de ces inconnus, confidents d’un jour, afin de les regrouper dans un ouvrage. Le succès venant, certaines de ces histoires lui seront adressées par courrier…

D’une plume toujours aussi délicate, l’auteur nous livre ces nombreuses courtes anecdotes -une ou deux pages au maximum- souvent inattendues et surprenantes, parfois émouvantes, quelquefois pleines d’humour, constituant, in fine, comme il le souligne si pertinemment, une « Anthologie de l’improbable ». A picorer sans modération…

Nous avons déjà évoqué d’autres ouvrages de Jean-François Beauchemin :

• Le roitelet   cf. le CR du 20 février 2024

• Le vent léger    cf. le CR du 11 mars 2024

• Archives de la joie Petit traité de métaphysique animale cf. le CR du 13 mai 2024

On pourra écouter aussi en replay,  l’émission  de France inter « etcetera » du samedi 18 janvier 2024.

Prochaine séance : lundi 17 Février à 14h

 

             Lire : « Grace » Paul Lynch ( édition de poche)

            « Le chant du prophète » (Oneworld )

Bonnes lectures !

M.R.M. et FL

À lire aussi...

Voir toutes les publications